Dans quelques semaines, un monocoque flambant neuf de toute dernière génération incarnera les plus doux rêves de Bernard Stamm. Pour la première fois oserait-on dire, le marin suisse aura entre les mains un bateau à sa mesure, véritable condensé d'une liste longue et riche d'expériences. Mais pour en arriver à cette concrétisation attendue, il aura fallu à cet homme à part, ce navigateur volontairement en marge des clichés, en passer par un chemin initiatique particulier et en contourner les embûches avec méthode et sensibilité.
Né en Suisse, Bernard Stamm y voit naître sa passion pour la navigation par l'entremise d'un papa propriétaire d'un bateau. La voile est alors une affaire de famille que se partage essentiellement à l'heure des vacances estivales. Le lac Léman et ses eaux souvent exigeantes sont les témoins des prémices d'une vocation. Bon élève, celui qui deviendra l'un des meilleurs marins de sa génération trouve le temps bien long sur les bancs de l'école et n'aspire déjà qu'à la liberté et la découverte. Il trouve la première dans l'opportunité d'exercer le métier de bûcheron qui lui permet alors non seulement une précieuse communion avec la nature mais également de faire une entrée choisie dans l'âge adulte. La seconde s'impose comme une évidence quand il entre dans la Marine Marchande en tant que timonier. Il officiera quatre ans à ce poste qui achèvera de lui donner l'envie d'élargir sa palette océane et ses horizons.
En 1995, Bernard ouvre un premier grand volet de sa carrière en construisant lui-même un prototype pour participer à la Mini Transat. Il y fera merveille et se classera troisième. Une belle entrée qui en appellera d'autres. Fermement décidé à enfiler de manière durable le ciré de coureur au large, le Suisse ne va alors pas tarder à révéler à la face du petit monde de la voile mais aussi à un public médusé qu'il est non seulement un homme de conviction mais également de ceux qui soulèvent les montagnes et les foules. Ainsi, faute de soutien financier, il n'hésite pas à se lancer dans la construction du monocoque 60 pieds de ses rêves pour s’aligner au départ de Vendée Globe en 2000. Las, les pépins techniques auront raison de l'incroyable détermination du marin qui devra se résoudre à l'abandon... avant de rebondir, plus haut, plus fort.
Un record de la traversée de l'Atlantique Nord en équipage et une victoire incontestable dans Around Alone 2002-03 viendront ajouter de belles lignes à la Chanson de geste dont le caractère épique n'a depuis de cesse de se renouveler. Le Trophée Jules Verne en 2005 et une deuxième victoire dans le tour du monde en solitaire avec escales se chargent d'enfoncer le clou d'une réputation de solide guerrier à la force tranquille. 2007 marque la fin de son histoire avec Superbigou et le rachat de l'ancien monocoque 60 pieds de Jean-Pierre Dick. Faute de temps pour le mettre au niveau de la concurrence, Bernard ne participe pas au tour du monde en double initialement convoité, pour mieux se concentrer sur le Vendée Globe 2008-09. Frappé par le sort une nouvelle fois, le marin est contraint à l'abandon suite à une usure anormale des safrans. Le rendez-vous lui échappe cette fois mais il sait que son heure viendra, avec cette fois, une monture à son talent.